12. Paul à Athènes (Actes 17)

Le bref séjour de l’apôtre à Athènes est parmi les épisodes les plus célèbres du livre des Actes. Son discours devant l’Aréopage en particulier (Actes 17:22-31) est souvent cité comme l’exemple classique de sa méthode en proclamant l’évangile de Jésus-Christ au monde païen.

Il faut pourtant que nous comprenions bien la situation et le cadre dans lesquels ce discours a été prononcé. L’interprétation traditionnelle nous invite à nous imaginer une conversation érudite entre Paul et une société de philosophes, les « philosophes épicuriens et stoïciens »du verset 18, qui désirent entendre les propos curieux de ce prédicateur itinérant. On maintient aussi que le discours de Paul, avec ses allusions aux penseurs grecs et ses citations de plusieurs poètes, est une tentative de sa part de persuader ses auditeurs en trouvant un terrain d’entente entre l’évangile de Christ et la pensée des Grecs, suggérant qu’il existe des ressemblances importantes entre la philosophie et la littérature de l’ancienne Grèce et le message chrétien.

L’Aréopage

Mais qu’est-ce que c’est que cet Aréopage où Paul prononce son discours ? « Aréopage » veut dire tout simplement « la colline d’Arès », le dieu grec de la guerre – on utilise parfois aussi le nom latin « colline de Mars ». Aujourd’hui encore des milliers de touristes réussissent chaque année à escalader cette petite colline rocheuse à Athènes pour profiter du panorama qu’elle offre du Parthénon et des autres temples de l’Acropole. Mais est-ce vraiment là que Paul a prononcé son discours célèbre ? Il faut savoir que l’Aréopage était aussi un conseil, effectivement une cour athénienne très ancienne, dont l’histoire remonte jusqu’au 8ème siècle avant Jésus-Christ et qui exerçait de larges pouvoirs, surtout en matières de l’éducation des jeunes et des cultes qu’on pratiquait à Athènes. Si au début il siégeait vraiment sur la fameuse colline, il est probable que du temps de l’apôtre il se rassemblait ailleurs, dans un bâtiment quelconque dans la ville même – notez que Paul se tenait « debout au milieu de l’Aréopage » (Actes 17:22), phrase qui suggère non un endroit mais plutôt un groupe d’auditeurs.

Et s’agit-il vraiment d’une discussion ou un débat philosophique ? Luc raconte qu’« ils le prirent, et le menèrent à l’Aréopage » (Actes 17:19). Voici d’autres exemples de l’emploi par Luc du verbe epilambanomai (« prirent »):

« ... ils prirent un certain Simon de Cyrène ... et ils le chargèrent de la croix » (Luc 23:26)

« Les maîtres de la servante ... se saisirent de Paul et de Silas ... » (Actes 16:19)

« Ils se saisirent de Paul, et le traînèrent hors du temple ... Alors le tribun s’approcha, se saisit de lui... » (Actes 21:30-33)

Évidemment, il n’était point question d’une invitation polie mais plutôt d’une sorte d’arrestation. Même chose avec le mot « menèrent » (grec: ago) – Paul ne va pas de sa propre volonté à l’Aréopage:

« ... on vous mènera devant des rois et devant des gouverneurs » (Luc 21:12)

« ... ils le saisirent, et l’emmenèrent au sanhédrin » (Actes 6:12)

« ... afin que ... il les amène liés à Jérusalem » (Actes 9:2)

« Le tribun commanda de faire entrer Paul dans la forteresse » (Actes 22:24)

« Des divinités étrangères » ?

Il paraît donc que Paul a été arrêté et qu’il se trouve devant une cour. Et quel serait le crime donc il est accusé ? « Il semble qu’il annonce des divinités étrangères », dit-on (Actes 17:18). Or, Paul n’était pas le premier qui ait été accusé de ce crime: même au premier siècle de notre ère, l’on se souvenait partout dans le monde grec de l’antiquité d’un cas célèbre, celui du philosophe Socrate, qui s’est suicidé en l’an 399 avant Jésus-Christ après être déclaré coupable de ne pas avoir «reconnu les mêmes dieux que l’État » et d’avoir « introduit des divinités nouvelles et […] corrompu la jeunesse ». Il est donc fort probable que, loin de discuter paisiblement avec des philosophes, Paul se trouvait dans une situation fort dangereuse, accusé d’un crime qui pourrait lui valoir la mort. Dans ce contexte, la phrase que nous avons citée ci-dessus : « les Athéniens et les étrangers demeurant à Athènes ne passaient leur temps qu’à dire ou à écouter des nouvelles » se lit, non comme une simple observation mais comme un exemple de l’ironie du narrateur Luc, qui fait remarquer l’hypocrisie des Athéniens qui formulent cette accusation contre Paul mais qui en général sont avides d’entendre les nouveautés intellectuelles.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.