12. Paul à Athènes (Actes 17): Page 3 sur 3

Paul prend l’offensive

Ce n’est que dans les derniers versets, après avoir désarmé les accusations dangereuses qu’on lui avait faites, que Paul est en mesure de passer à l’offensive: « Ainsi donc, étant la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l’or, à de l’argent, ou à de la pierre, sculptés par l’art et l’industrie de l’homme » (Actes 17:29). Ayant reconnu dans son discours qu’il était possible de trouver chez les auteurs et philosophes grecs des ressemblances formelles et verbales avec l’enseignement de l’Ancien Testament, Paul déclare dans ces dernières lignes que le paganisme avait tiré de ces pensées des conclusions absolument fausses. Malgré la dépendance évidente des hommes de leur Créateur, de qui ils tiennent « la vie, le mouvement, et l’être », le monde païen avait conçu des dieux qui ressemblent aux hommes, en proie aux mêmes passions et convoitises, comme en témoigne la mythologie grecque et romaine. Renversant les termes de Genèse 1 :26, les hommes s’étaient fait des dieux à leur propre image. La même conclusion se trouve dans l’Ancien Testament ; Élie s’était moqué du dieu Baal, qui dormait peut-être et qu’il faudrait réveiller (1 Rois 18:17), et dans le psaume 50 Dieu rejette l’idée qu’Il pourrait avoir faim et que les sacrifices qu’on Lui apportait Lui serviraient de repas (Psaumes 50:12-13). C’est en fait le même reproche à l’adresse du monde païen que Paul formule d’une manière plus directe et plus tranchante  dans Romains 1:

« ... car ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous; et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles. » (Romains 1:21-23)

Au fond, l’adoration des idoles révèle « l’ignorance » du monde païen – quelle hardiesse de la part de Paul! Dans une autre rencontre avec le paganisme, à Lystre, il avait qualifié leurs rites de « choses vaines » (Actes 14:14-17). Car Dieu n’est point notre semblable : Il est plus grand, plus puissant, plus juste, et tout à fait différent de nous – c’est Lui qui nous a faits, pour que nous soyons « dans Son image » et, comme notre Créateur, nous sommes responsables devant Lui.

Dans tous les deux épisodes, à Lystre comme à Athènes, Paul dit que jusqu’ici Dieu a toléré cette ignorance et ces absurdités (Actes 14:16; Actes 17:30). Mais le temps de cette tolérance touche à son terme:

« Dieu, sans tenir compte des temps d’ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils ont à se repentir, parce qu’il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l’homme qu’il a désigné, ce dont il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts... » (Actes 17:30-31)

Dieu n’est pas soumis aux rythmes de la nature et des saisons, comme le pensaient les païens ; c’est un Dieu qui poursuit Son projet de salut pour les hommes et le monde qu’Il a créé. L’avènement de Christ et sa résurrection marquent le commencement d’une nouvelle ère qui aboutira dans son retour et le règne de Dieu sur la terre. Il est temps, alors, de « abandonn[er] les idoles pour servir le Dieu vivant et vrai »(1 Thess. 1:9).

Échec ou réussite ?

D’un bout à l’autre, donc, ce discours révèle la fine subtilité de Paul, qui sait à la fois se défendre et à proclamer l’essentiel de son message. Notons sa première phrase: « Hommes Athéniens, je vous trouve à tous égards extrêmement religieux ». « Religieux », c’est le mot deisidaimonesteros, qui peut, en effet, signifier « très religieux ». Mais il porte un autre sens possible: « superstitieux »! Paul réussit à faire parler aux poètes grecs le langage de l’Ancien Testament et de l’évangile; si ses auditeurs croyaient entendre des échos de leur propre tradition intellectuelle, le lecteur reconnaît des vérités bibliques, prononcées, certes, dans un accent grec, mais pourtant authentiques.

Le narrateur Luc, pour sa part, nous aide à interpréter correctement ce que Paul veut dire : il introduit cette épisode avec une phrase qui dirige notre lecture de son récit: « [Paul] sentait au-dedans de lui son esprit s’irriter, à la vue de cette ville pleine d’idoles » (Actes 17:16). Et à la fin il confirme que le discours de Paul réussit non seulement en tant que défense – car on lui permet de se retirer et de quitter Athènes (Actes 17:33; Actes 18:1) – mais aussi du point de vue de l’évangélisation. La plupart de ses auditeurs se sont moqués de Paul et de son message (Actes 17:32), mais Luc termine son récit ainsi: « Quelques-uns néanmoins s’attachèrent à lui et crurent, Denys l’aréopagite, une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux » (Actes 17:34).

GRAHAM JACKMAN

 

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