18. Alliance

À la différence de certains autres mots que nous avons considéré dans cette série d’articles, « alliance » est un terme commun du français actuel. Nous connaissons des « alliances » de plusieurs sortes : l’alliance politique entre deux partis, l’alliance militaire, défensive ou offensive, entre deux états, l’alliance économique entre deux entreprises – et, évidemment, l’alliance matrimoniale entre un homme et une femme et entre les deux familles auxquelles ils appartiennent. Dans tous ces cas, quelque différents qu’il soient, il s’agit d’un accord entre deux partis, deux groupes ou individus, dont tous les deux comptent gagner un avantage ou un bénéfice quelconque. Tous les deux font des promesses envers l’autre ; l’alliance est en fait une espèce d’aveu solennel par lequel on s’engage à tenir ce qu’on a promis de faire.

Certains de ces aspects d’une alliance s’attachent également au sens du mot dans le cadre biblique (diatheke dans le Nouveau Testament grec et dans l’Ancien Testament hébreu berith). On y trouve des « alliances » de plusieurs genres : celle de David avec Jonathan, par exemple, marquait une amitié profonde (1 Samuel 18:3 ; 23:18) ; quant aux « alliances » entre Abraham et Abimélec (Genèse 21:27-32), Isaac et (un autre) Abimélec (Genèse 26:26-31) et entre Jacob et Laban, son beau-père (Genèse 31:44-54) il s’agissait là plutôt d’un règlement pour assurer la paix entre deux partis puissants mais égaux en marquant leurs différentes « sphères d’intérêt », comme disent les diplomates. Celle que fit Achab, roi d’Israël, avec Ben-Hadad, roi de Syrie, après l’avoir vaincu dans la guerre entre les deux peuples est caractérisée, au contraire, par l’inégalité : le victorieux Achab ne s’engage qu’à épargner son prisonnier, tandis que celui-ci est obligé de céder des droits importants au vainqueur : « Ben-Hadad lui dit, je te rendrai les villes que mon père a prises à ton père; et tu établiras pour toi des rues à Damas, comme mon père en avait établies à Samarie. Et moi, reprit Achab, je te laisserai aller, en faisant une alliance. Il fit alliance avec lui, et le laissa aller » (1 Rois 20:34).

Ce qui nous intéresse ici, évidemment, ce sont les « alliances » entre Dieu et les hommes, et celles-ci sont à plusieurs égards bien différentes de ces alliances mondaines. Il s’agit toujours, certes, d’un accord formalisé entre deux partis, mais les rapports entre eux – et les « avantages » qui en découlent pour eux – sont marqués non par la symétrie des alliances humaines mais par une asymétrie frappante – comme dans le cas des rapports entre Achab et Ben-Hadad. Mais à la différence de cette dernière alliance, celles que Dieu a accordées aux hommes sont marquées aussi par la chaleureuse bonté qui existait entre David et Jonathan.