21. Ma Joie

Son heure était venue, l’heure terrible dont l’arrivée lui avait été présente à l’esprit depuis le commencement de son ministère – l’heure de la trahison et de la croix. Il était à tel point conscient de tout ce qu’elle aller lui apporter que son âme en avait été troublée et qu’il avait prié à son Père qu’elle lui soit épargnée (Jean 12:27). Et pendant le repas qu’il a partagé avec « les siens » il a été « troublé en son esprit », et dans sa détresse il s’est écrié : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera » (Jean 13:21). Et maintenant le traître était sorti : « Ce que tu fais, fais-le promptement » (Jean 13:27), et il faisait nuit. Cela veut dire que pendant toutes les conversations et les discours rapportés dans les chapitres suivants, la conscience de tout ce qui se passait ailleurs à Jérusalem et de son arrestation prochaine pesait sur lui.

Et pourtant, Jésus a dit à ses disciples en poursuivant la conversation comme ils quittaient la chambre haute : « Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jean 15:11).

« Ma joie » ! Comment est-ce que nous réagissons en lisant ces paroles, prononcées à un tel moment ? Avec de l’étonnement, certes, voire même de incrédulité. Mais comment faut-il les aborder, comment les comprendre ? Et quel rapport existe-t-il entre ces paroles et la joie que nous connaissons comme croyants en Christ ?

Nous savons, bien entendu, que Jésus a souffert la croix et a méprisé l’ignominie « en échange de la joie qui lui était réservée » (Hébreux 12:2). Nous connaissons aussi la parabole concernant le maître qui invite ses serviteurs fidèles à « entrer dans la joie de ton maître », la joie qu’il partagera avec eux lorsque le Fils de l’homme, « viendra dans sa gloire, avec tous les anges »  (Matthieu 25:21, 23, 31). Mais ici il n’est pas question d’une joie future, ni pour lui ni pour ses disciples : c’est au contraire une joie présente et profonde qu’il éprouve justement dans cette heure de trahison, en dépit du trouble que suscitent dans son âme et dans tout son être les souffrances affreuses qu’il devra bientôt traverser.