5. Yahvé

De tous les noms de Dieu employés dans l’Ancien Testament, c’est Yahvé qui s’y trouve le plus fréquemment; plus de 6800 fois, traduit invariablement « l’Éternel » par Segond, mais « Yahvé (Yahweh) » par la Bible Catholique de Crampon. Ce nom a une histoire intéressante. 

Les mots hébreux consistent en consonnes, auxquelles sont ajoutées des voyelles en forme de points ou de lignes très courtes placés ou au-dessus ou au-dessous. Chez les Israélites on n’osait pas prononcer « Yahvé » puisque c’était le nom très saint de Dieu qu’on appelait le nom distinct, glorieux, ou « le nom de quatre lettre », en grec le « tetragrammaton », référence à ses quatre consonnes YHVH ; seuls les sacrificateurs se permettaient de le prononcer en répétant chaque jour la bénédiction de Nombres 6:24-26 : « Que Yahvé te bénisse, et qu’il te garde! ... ». Plus tard ce n’était que le souverain sacrificateur qui avait le droit de prononcer ce nom à la fête annuelle des expiations, et cela à voix basse. Enfin même cette prononciation était rendue imperceptible par la musique, et selon la tradition des rabbins, à partir du 3ème siècle avant J-C, le nom ne fut plus prononcé. Il avait toujours été interdit au peuple israélite de s’en servir.

Dans les versets des Écritures où se trouve le nom Yahvé, les Israélites ajoutaient aux quatre consonnes YHVH les voyelles propres au nom « Adonaï », formant ainsi le nom « Yéhovah » que les traducteurs latins changèrent en « Jéhovah, parce que le latin ne possède pas de « y ». On constate ainsi que le nom « Jéhovah » n’est point proprement biblique ; c’est une espèce d’hybride, formé selon la tradition israélite, sans aucune autorité divine.

Quelle est la signification du nom Yahvé ? Dieu ayant déclaré à Moïse qu’Il l’envoyait auprès de Pharaon pour faire sortir d’Égypte les Israélites, celui-ci demanda:

« J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai, Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je? Dieu dit à Moïse, Je suis celui qui suis (ehyeh asher ehyeh). Et il ajouta, C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël, Celui qui s’appelle ‘Je suis’ (ehyeh) m’a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse, Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël, L’Éternel (Yahvé), le Dieu (Elohim) de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération. » (Exode 3:13-15)

Crampon traduit la dernière phrase plus exactement : « ... c’est là mon souvenir de génération en génération ».

Au premier abord cette révélation du nom de Dieu ne semble nous apporter rien de nouveau : dire de Dieu qu’Il est qui Il est, cela ne nous dit pas grand-chose. La plupart des commentateurs ne voient dans ce verset que l’affirmation de l’existence éternelle de Dieu, ce qui est évident et ne soulève guère de dispute. Mais les faits grammatiques sont intéressants et beaucoup négligés: car il paraît que le verbe  ehyeh  , traduit « je suis », est le futur 1ère personne du singulier du verbe hayah  (« être », « devenir « ), et qu’on devrait donc le traduire : « Je serai » ou « Je deviendrai ». En fait, au verset 12 du même passage, « Je serai avec toi » c’est cette même forme  ehyeh ; en général elle est toujours traduite par le futur dans l’Ancien Testament. IL paraît également que « Yahvé » est la 3ème personne du futur de havah , forme plus ancienne du même verbe, signifiant « celui qui sera ou deviendra ».

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